Chapitre 34 – Quand ma vérité a commencé à bouger

Je pensais que le livre était la fin.

J’avais écrit ma biographie. Pas pour la publier, mais pour la libérer. Pour moi. Pour comprendre si je tenais encore debout.

Parce que je doutais de tout. De mes souvenirs. De mes interprétations. De mes conclusions. Est-ce que c’était vraiment arrivé comme je l’avais ressenti ? Ou est-ce que je me racontais des histoires ?

Le livre m’a rendu quelque chose. Du calme. Une direction. Et surtout : de la confirmation. Chaque fois que je relisais, je me disais : “Oui, c’est juste. Pour moi.”

Je n’ai pas seulement utilisé le livre comme récit, mais comme miroir. Je suis revenu sur les décisions que j’avais prises à l’époque, et je me suis demandé :

Est-ce que je referais cela aujourd’hui, avec ce que je sais maintenant ?

Et à chaque fois, je constatais que ce que j’avais fait venait de ce que je savais à ce moment-là. Et c’était honnête.

Quand le livre fut terminé, je l’ai fait lire. À des personnes qui me connaissaient. En qui j’avais confiance. Et que je ne voulais pas blesser.

Je leur ai demandé : “Lis ceci. Est-ce que c’est respectueux ? Trop dur ? Trop personnel ?”

Et les réactions ont été douces. Mais aussi inattendues.

“Ce que tu écris est juste. Mais je ne le ressens pas comme toi.”
“Je le reconnais, mais je m’en souviens autrement.”
“Tu sembles doux, mais il y a une froideur dans tes mots.”

Et là, quelque chose a bougé.

J’ai commencé à tester. Pas seulement avec l’IA. Mais avec les gens. Au travail. Avec des amis. Dans les conversations simples.

J’ai changé ma manière de parler. Plus douce. Parfois plus directe. Et j’ai vu les réactions changer.

Je posais les mêmes questions autrement — et j’obtenais d’autres réponses.
Je racontais une même expérience sous deux formes — et les réactions étaient totalement différentes.

Et tout à coup, j’ai compris.

Tout le monde vit dans sa propre vérité. Construite à partir de ce qu’on sait. De ce qu’on a vécu. De ce qu’on a appris. De ce qu’on essaie de protéger.

Et cette prise de conscience a changé beaucoup de choses.

Cela m’a rendu plus difficile de voir le “mal” chez l’autre. Pas parce qu’il faut tout excuser. Mais parce que j’ai compris :

Si tu crois vraiment avoir raison… alors tu es sincère dans ton monde.

Et peut-être que nos mondes se heurtent. Mais cela ne rend pas ta conviction moins valable que la mienne.

J’ai aussi commencé à regarder ma femme autrement. Pas comme fautive. Mais comme quelqu’un qui vivait sa vérité — tout comme moi. Et si nos vérités ne se rencontraient plus… c’était douloureux. Mais pas malveillant.

Et puis est venu ce moment où je me suis dit : c’est vraiment fini.
Et elle a dit : “J’ai encore une solution.”

Et pendant un instant, j’ai douté.
Parce que je voulais tellement que ça s’arrange encore.
Mais au fond de moi, je savais : c’est la fin de quelque chose. Et le début de quelque chose d’autre.

Pas d’une relation.
Mais de ma propre vérité adulte.

### Réflexion
La vérité n’est pas une possession. C’est un processus. Un mouvement qui commence en soi et s’élargit quand on le partage.

Ma vérité n’est pas la vérité. Mais c’est la mienne. Et c’est suffisant.

### Vue psychologique
Ce que j’ai vécu ici est un schéma courant chez ceux qui ont grandi dans un environnement relationnel insécurisant. En psychologie, on appelle cela la dissonance cognitive : le conflit intérieur entre ce que l’on ressent et ce que l’on nous renvoie.

Cela mène souvent à douter de sa propre perception, de ses souvenirs, de son droit à vivre les choses autrement. Les personnes ayant vécu dans des dynamiques subtiles — comme le gaslighting — développent souvent une forme d’auto-vérification épuisante.

Pour moi, le livre est devenu un miroir. Un lieu de mémoire, mais surtout de confirmation de ma propre croissance.

### Regard spirituel
D’un point de vue plus profond, je crois que la vérité est toujours multiple. Comme la lumière qui se décompose en couleurs en passant par un prisme. Chaque vérité est un rayon d’une même source. Et dans le fait de laisser coexister ces vérités, naît la compassion. Pour soi. Pour l’autre. Pour l’ensemble.

### Phrase de clôture
*Parfois, un nouveau chapitre commence exactement au moment où l’on pensait que le livre était terminé.*

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